La cigarette électronique est-elle dangereuse ?

La réponse honnête tient en trois phrases. Vapoter n'est pas anodin, et personne de sérieux ne vous dira le contraire. C'est en revanche très en dessous du tabac, parce qu'il n'y a pas de combustion, donc ni goudron ni monoxyde de carbone. Et ça ne s'adresse qu'aux fumeurs : si vous ne fumez pas, il n'y a aucune raison de commencer.

Ce que dit l'état des connaissances

Une cigarette brûle du tabac à plus de 800 degrés. Cette combustion produit des goudrons, du monoxyde de carbone et plusieurs milliers de composés, dont une soixantaine sont reconnus cancérogènes. C'est là que se joue l'essentiel de ce qui rend le tabac mortel, et pas dans la nicotine.

Une cigarette électronique ne brûle rien. Elle chauffe un liquide autour de 200 degrés et le transforme en vapeur. Les goudrons et le monoxyde de carbone disparaissent avec la combustion. Il reste le propylène glycol, la glycérine végétale, les arômes et, si vous en voulez, la nicotine.

La position officielle française

La Haute Autorité de Santé ne recommande pas la cigarette électronique comme traitement du sevrage, estimant manquer de recul sur ses effets à long terme. Elle écrit en revanche que si un fumeur la choisit malgré tout, il doit être informé que les substances qu'elle contient sont présumées moins dangereuses que celles du tabac. C'est une position prudente, et c'est celle qu'on vous répétera ici.

Ce que montrent les études sur l'arrêt

La synthèse Cochrane, qui compile les essais cliniques du monde entier, en est à 104 études et plus de 30 000 participants. Sa conclusion, avec un niveau de preuve qualifié d'élevé, est que la cigarette électronique nicotinée fait arrêter plus de fumeurs que les patchs et les gommes, avec environ trois arrêts supplémentaires pour cent personnes à six mois. Aucun signal d'augmentation des effets indésirables graves n'y apparaît.

La nicotine n'est pas ce qui donne le cancer

C'est la confusion la plus répandue, et elle décourage des fumeurs qui auraient tout à gagner à changer.

La nicotine est la molécule qui crée et entretient la dépendance. Elle n'est pas cancérogène. C'est d'ailleurs la même molécule que celle des patchs, des gommes et des pastilles vendus en pharmacie et remboursés, ce qui serait impensable pour un cancérogène.

Ce qui provoque les cancers, les maladies cardiovasculaires et les bronchopneumopathies chez le fumeur, ce sont les produits de la combustion. Retirez la combustion, vous retirez l'essentiel du danger, et il vous reste la dépendance.

Elle n'est pas inoffensive pour autant

La nicotine accélère le rythme cardiaque et resserre les vaisseaux. Elle est déconseillée pendant la grossesse et demande un avis médical en cas de problème cardiaque récent. Un surdosage passager donne des nausées, des vertiges, des maux de tête et une sensation de gorge serrée : c'est désagréable, ça se corrige en baissant le dosage, mais il faut savoir le reconnaître.

Le bon dosage n'est pas le plus bas

Sous-doser est l'erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. Un fumeur qui ne trouve pas sa nicotine vape deux fois plus, consomme deux fois plus de liquide, et finit par rallumer une cigarette. Le dosage juste est celui qui vous fait oublier la cigarette, et on le baisse ensuite, à son rythme.

Les idées reçues, une par une

Voici celles qu'on entend au comptoir toutes les semaines, et ce qu'on peut en dire honnêtement.

Ce qu'on entendCe qu'on peut répondre
C'est pire que le tabacRien dans la littérature scientifique ne soutient cette idée. L'absence de combustion retire les goudrons et le monoxyde de carbone, qui sont le cœur du problème.
On ne sait pas ce qu'il y a dedansChaque e-liquide vendu en France est déclaré à l'ANSES avant sa mise sur le marché, avec sa composition complète. L'étiquette porte la liste des ingrédients, le taux de nicotine et les mentions de danger.
Ça exploseLes accidents recensés concernent presque toujours des accus nus transportés en vrac dans une poche avec des clés ou de la monnaie, ou chargés sur un chargeur inadapté. Une pod à batterie intégrée chargée en USB ne présente pas ce risque.
Les pneumonies aux États-UnisL'épisode de 2019 a été relié à l'acétate de vitamine E, un diluant présent dans des cartouches de THC vendues au marché noir. Ce produit n'a jamais été autorisé dans les e-liquides nicotinés européens.
Ça fait grossirC'est l'arrêt du tabac qui fait reprendre du poids, parce que le goût revient et que la nicotine du tabac coupait l'appétit. Le phénomène est le même avec des patchs.
Ça jaunit les dentsLe jaunissement vient des goudrons. Sans combustion, il n'y a pas de goudron. En revanche le propylène glycol assèche la bouche, et une bouche sèche favorise les caries : buvez davantage d'eau.
C'est une porte d'entrée vers le tabacLa question fait débat et mérite d'être prise au sérieux, surtout chez les mineurs, à qui la vente est interdite. Chez l'adulte fumeur, le sens du trajet observé va du tabac vers la vape.

Et le vapotage passif ?

La question revient souvent, en général posée par quelqu'un qui vit avec un enfant en bas âge.

Ce que le vapoteur expire est composé de propylène glycol, de glycérine végétale, d'arômes et d'un peu de nicotine. Il n'y a ni monoxyde de carbone ni goudron, et les mesures de nicotine dans l'air ambiant sont très inférieures à celles relevées en présence d'un fumeur, avec une dispersion beaucoup plus rapide.

Ce n'est pas pour autant de l'air pur, et les autorités sanitaires recommandent la prudence, en particulier devant des enfants. Le bon réflexe est le même que la politesse ordinaire : on ne vape pas au visage des gens, pas dans une voiture fermée avec un enfant, et pas dans une pièce où quelqu'un vous a dit que ça le gênait.

Ce qui est vrai, et qu'on ne vous cachera pas

  • Le recul manque. Le produit sous sa forme actuelle a une quinzaine d'années. On sait ce qu'il ne contient pas, on connaît mal ses effets sur quarante ans. Personne ne peut honnêtement affirmer le contraire.
  • La dépendance reste. Passer du tabac à la vape, c'est retirer la combustion, pas la nicotine. Beaucoup de vapoteurs baissent leur dosage puis arrêtent, d'autres restent à 3 mg pendant des années.
  • La bouche sèche et la gorge irritée sont fréquentes les premiers jours, à cause du propylène glycol. Ça passe en buvant plus d'eau. Si ça persiste, un liquide plus riche en glycérine végétale règle en général le problème.
  • La toux des premiers jours surprend, alors qu'elle est plutôt bon signe : les cils qui tapissent les bronches, paralysés par la fumée, se remettent à évacuer. Elle dure quelques jours à quelques semaines.
  • L'intolérance au propylène glycol existe, rare mais réelle : gorge qui gratte durablement, plaques. Il existe des bases sans propylène glycol pour ces cas-là.

Pour qui ce n'est pas fait

On préfère perdre une vente que vendre à quelqu'un qui n'a rien à y gagner.

  • Les non-fumeurs. Il n'y a aucun bénéfice à attendre, seulement une dépendance à créer.
  • Les mineurs. La vente leur est interdite par la loi, et une pièce d'identité peut être demandée.
  • Les femmes enceintes. Le tabac est très clairement nocif pendant la grossesse, donc arrêter est prioritaire, mais le choix du moyen se décide avec un médecin ou une sage-femme, pas en boutique.
  • Après un accident cardiaque récent, ou sous traitement cardiologique, demandez l'avis de votre médecin avant de choisir un dosage.

Les précautions qui comptent vraiment

La liste est courte, et ce sont celles-là qui évitent les vrais accidents.

  • Les flacons hors de portée des enfants. Le bouchon de sécurité est obligatoire, il n'est pas infaillible. Un flacon de nicotine avalé est une urgence : centre antipoison, sans attendre.
  • Les accus dans un étui. Jamais en vrac dans une poche ou un sac avec des clés, des pièces ou un autre accu. C'est la cause numéro un des incidents.
  • Le chargeur d'origine, ou un chargeur dédié. Pas de charge sans surveillance la nuit.
  • Acheter dans un circuit déclaré. Un liquide sans étiquette conforme, sans mentions de danger et sans traçabilité n'a aucune raison d'être dans votre matériel.
  • Un accu qui gonfle, chauffe anormalement ou dont l'enveloppe est abîmée se met de côté et se rapporte. On le contrôle et on le remplace.

Questions fréquentes

La cigarette électronique est-elle moins dangereuse que le tabac ?

Oui, et l'écart est large, parce qu'elle ne brûle rien. La Haute Autorité de Santé écrit que les substances qu'elle contient sont présumées moins dangereuses que celles du tabac. Moins dangereux ne veut pas dire sans risque, et le recul sur le très long terme manque encore.

La nicotine donne-t-elle le cancer ?

Non. La nicotine crée la dépendance mais n'est pas cancérogène. C'est la molécule des patchs et des gommes vendus en pharmacie. Les cancers du fumeur viennent des produits de la combustion du tabac.

Le vapotage passif est-il dangereux pour mon entourage ?

L'exposition mesurée est très inférieure à celle du tabagisme passif, sans monoxyde de carbone ni goudron, et l'aérosol se disperse vite. Ce n'est pas de l'air pur pour autant : évitez devant des enfants et dans les espaces fermés.

Une cigarette électronique peut-elle exploser ?

Le risque concerne les accus nus mal transportés ou mal chargés, pas les pods à batterie intégrée. Un accu dans un étui, un chargeur adapté, et le sujet est réglé.

Peut-on vapoter enceinte ?

La question se règle avec un médecin ou une sage-femme. Continuer à fumer est très clairement nocif pour l'enfant, donc arrêter est la priorité, mais le moyen doit être choisi avec un professionnel de santé.

Combien de temps faut-il pour savoir si c'est vraiment sans risque ?

Personne ne le sait, et méfiez-vous de qui vous dira l'inverse. Le produit a une quinzaine d'années sous sa forme actuelle. Ce qu'on sait, c'est ce qu'il ne contient pas, et c'est déjà beaucoup.

Pas sûr du modèle ?

On en parle au comptoir.

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Du mardi au samedi, 10h à 12h et 14h à 19h